LA FORMATION INTELLECTUELLE
Une vive inquiétude spirituelle, une sorte d'appel intérieur de plus en plus impérieux pousse en fait le jeune homme à chercher " autre chose ". Cette impulsion qui le travaille depuis toujours va se manifester, dès le début de son adolescence, par une insatiable soif de connaissance qui l'incite à lire tout ce qu'il peut. Son intérêt se porte très vite vers l'ésotérisme et l'occultisme, de même que la mythologie et les religions. À douze ans il passe des jours entiers dans les bibliothèques de sa ville natale, à lire et étudier les ouvrages les plus divers, notamment sur l'astrologie et les diverses conceptions de la vie après la mort. Cherchant à percer les mystères de l'au-delà, il dévore les oeuvres d'Allan Kardec et Camille Flammarion et se passionne pour les phénomènes télépathiques, les apparitions et les " esprits frappeurs "...
En quête du Chemin secret, l'adolescent fréquente différentes écoles ésotériques et approfondit sa connaissance du spiritisme, s'intéressant entre autres aux expériences de médiumnisme de William Crookes et de la médium Kathy King. Il est fasciné par les expériences de télépathie et de voyance, et il se penche sur les oracles de Delphes, les prophéties de Tirésias et de Nostradamus. Il s'imprègne aussi des grandes oeuvres littéraires initatiques du passé, telles L'Odyssée d'Homère, L'Énéide de Virgile et La Divine Comédie de Dante. Suivant les traces de la Tradition perdue, il interroge les mégalithes de Carnac et Stonehenge, les pyramides d'Égypte et du Mexique, et s'intéresse tout particulièrement aux grands archétypes religieux, comme le fameux serpent du Paradis terrestre, que l'on retrouve dans nombre de traditions du monde, toujours associé à la Connaissance initiatique...
À l'école de la Société théosophique, le jeune homme étudie les oeuvres d'Annie Besant, de Leadbeater, de Mario Roso de Luna (insigne écrivain théosophe d'Espagne) et surtout d'Héléna Pétrovna Blavatsky, la fondatrice de l'Ordre, se plongeant avec ravissement dans sa monumentale Doctrine secrète. Il se met également à pratiquer diverses formes de Yoga : Raja-Yoga, Bhakti-Yoga, Jnana-Yoga, Karma-Yoga, dépréciant comme Madame Blavatsky le Hatha-Yoga qu'il considère comme une simple gymnastique corporelle et, donc, comme une forme dégénérée de Yoga, les hatha-yoguis croyant qu'ils peuvent se réaliser par des postures acrobatiques...
C'est au chapitre local de la Société théosophique que le jeune Victor-Manuel donne ses premières conférences, vers l'âge de dix-sept ans. Il en donnera d'autres, bientôt, à l'école de la Rose-Croix antique fondée par Arnold Krumm-Heller. D'origine allemande, cet ancien professeur de médecine à l'Université de Berlin est devenu médecin-colonel dans l'armée mexicaine ; et c'est au Mexique qu'il accèdera à la Maîtrise, prenant alors le nom de Maître Huiracocha.
Le futur Aun Weor complètera donc sa formation spirituelle et ésotérique à l'école gnostico-rosicrucienne de Krumm-Heller. Il parcourra toute la bibliothèque, bien garnie, qu'il y découvre, étudiant la Franc-Maçonnerie, la Kabbale hébraïque et les enseignements de la Rose-Croix à travers les âges. Il y assimilera aussi les oeuvres de Max Heindel, Franz Hartman, Jorge Adoum, Cornelius Agrippa, Éliphas Levi et Rudolf Steiner (le fondateur de l'Anthroposophie), en plus de s'initier aux secrets de l'Alchimie à travers les oeuvres de Paracelse, Raymond Lulle, Basile Valentin et Nicolas Flamel. Et c'est par les ouvrages de Krumm-Heller qu'il prendra aussi connaissance des textes du Gnosticisme, tels la Pistis-Sophia. Beaucoup plus tard, Samaël Aun Weor sera d'ailleurs profondément touché par la découverte des textes gnostiques de Nag-Hammadi, où il reconnaîtra les prémices de ses propres enseignements.
Choisissons d'interrompre ici cette énumération quelque peu fastidieuse qui pourrait être prolongée, sachons-le bien, ad nauseam, et dont le seul but était de donner une idée de l'extraordinaire culture ésotérique de Samaël Aun Weor. Un apprentissage intellectuel aussi " boulimique " aurait pu égarer tout autre que lui : combien, en effet, se sont perdus dans le labyrinthe apparemment inextricable de toutes ces théories souvent contradictoires ?
Notre infatigable investigateur, quant à lui, cherche toujours l'unité dans la diversité : ce qui l'intéresse, ce sont les principes immuables et universels sous la variété infinie des apparences extérieures. Et sa doctrine sera, comme la Gnose de Basilide et de Valentin, ces deux grands docteurs gnostiques des débuts de l'ère chrétienne, une formidable synthèse des traditions ésotériques et spirituelles les plus diverses, un syncrétisme génial articulé autour de quelques principes fondamentaux, simples et intemporels qui constituent ce que l'on pourrait appeler la " Gnose éternelle ". L'un de ces principes - fondement de toute Initiation véritable - est celui de la " mort psychologique " : " La clé du laboratoire de la nature, écrira-t-il dans La Grande Rébellion, est dans la main droite de l'Ange de la mort. Nous apprenons très peu du phénomène de la naissance, mais de la mort nous pourrons tout apprendre. " Pour naître à l'Esprit, le Moi doit mourir. Sans la mort de la chrysalide, il n'y a pas de papillon ; si le grain ne tombe en terre et ne meurt, nous ne pourrons contempler la fleur... Ce processus incontournable de la mort intérieure est appelé par les alchimistes Putréfaction ou Oeuvre au Noir.
Nous voudrions pouvoir obéir au Christ Jésus quand il nous enjoint " d'aimer notre prochain ". Mais notre capacité d'amour est bloquée dans l'Égo ténébreux ; la désintégration de l'Égo libère notre potentiel d'amour. De sorte qu'il ne suffit pas de se répéter : " Je dois aimer, je vais aimer, j'aime l'humanité ", pour l'aimer réellement. Dissolvons le Moi et l'amour irradiera de nous tout naturellement.
C'est la conclusion à laquelle Samaël Aun Weor est vite arrivé. Et toute la dialectique de l'auto-observation ou " rappel de soi " préalable à tout travail psychologique, il l'a reprise en grande partie de Gurdjieff et de ses disciples, Ouspensky et Nicoll. Et il la développera dans ses propres ouvrages, surtout à partir de 1965.
Doté d'une solide érudition, notre jeune chercheur a pourtant très tôt pris conscience de l'inanité de la culture livresque, surtout si elle n'est pas appuyée sur la pratique. Citant les paroles de Goethe, il écrira encore, dans La Grande Rébellion: " Toute théorie est grise. Seul est vert l'arbre aux fruits d'or qu'est la vie. " Riche de sa propre expérience et de ses observations, il comparera les écoles ésotériques à des geôles, à des chaînes douloureuses qui entravent en réalité le processus d'éveil intérieur qu'elles devaient enclencher et stimuler. Il faut en effet un tempérament exceptionnellement fort pour ne pas se laisser étouffer par les loges et religions. Et si le jeune homme n'a pas été englouti sous cette montagne de théories, c'est pour deux autres raisons :
1° La force même de l'impulsion intérieure qui l'aiguillonne l'incitera toujours à chercher plus loin. Une soif inextinguible de Lumière et de Sagesse véritable le poussera à transcender les théories et les illusions de ce monde. " Je ne désirais qu'une chose, dira-t-il, retrouver le Chemin en lame de rasoir " - le " chemin étroit " dont parle le Christ Jésus, que très peu de gens prennent, tous se précipitant sur le " chemin large qui mène à la perdition ". Et notre auteur d'ajouter : " Mon être réel (l'Archange Samaël) luttait pour me libérer, pour m'affranchir, pour me faire sortir des mondes infernaux. "
2° Dès son jeune âge il comprendra l'importance cruciale de la " pratique ". Affinant sa clairvoyance et sa faculté innée de sortir consciemment en astral, il pourra corroborer dans les " mondes internes " la véracité des théories qu'il apprend, ne retenant donc que ce qu'il peut vérifier par expérience directe ou par l'intuition éclairée, rejetant le reste comme sophisme, hypothèse ou opinion subjective.