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LE SAMADHI

Ainsi se rend-il compte qu'il perd son temps avec tout ce fatras indigeste de théories. S'apercevant qu'il ne peut rien trouver en dehors de lui-même, il se met à chercher la connaissance à l'intérieur de lui. Devenant un véritable " athlète de la méditation ", il " s'ennivre du vin de la méditation dans la coupe de la parfaite concentration ". Le jeune homme méditait partout et presque jour et nuit. Seules l'intéressaient la Sagesse, la Connaissance spirituelle et la véritable félicité de l'être, qui n'ont rien à voir avec cet état de malheur et de détresse intérieure que nous avons déguisé pour notre commodité en pseudo-bonheur...

C'est au cours d'une de ces méditations profondes qu'il rencontre son gourou, qu'il appellera affectueusement Adolfito (diminutif amical d'Adolphe). Ce Maître des mondes supérieurs doit le guider d'abord dans l'Auto-Réalisation de son être, puis l'assister jusqu'à l'avènement de l'âge d'or, que Samaël Aun Weor a pour ultime mission de préparer en tant qu'Avatar (ou Messager) du Verseau.

C'est dans une méditation encore qu'il aura la vision de son être réel. En appliquant les préceptes de la philosophie orientale sur la méditation, il eut un jour l'inoubliable vision de son " Intime ", le Logos Samaël, qui est la Conscience angélique de la planète Mars.

" Les vanités de ce monde ne m'intéressaient pas, écrit Samaël Aun Weor dans Les Trois Montagnes. Je savais bien que toutes les choses de cette vallée de larmes sont périssables. La seule chose qui m'intéressait, c'était l'Intime. " Après des mois de pratique assidue, l'Intime accourut enfin à son appel : " L'Adorable vint à moi, vêtu d'une tunique blanche immaculée rehaussée de précieux saphirs. Sur sa tête céleste resplendissait la couronne des Hiérophantes. Tout son être était imprégné de félicité. Dans sa main droite brillaient toutes ces pierres précieuses dont parle l'Apocalypse de saint-Jean. Le Seigneur empoignait avec une grande fermeté le Bâton de Mercure - le sceptre des Rois, la Canne des Patriarches. Le Vénérable me prit dans ses bras et me dit, d'une voix paradisiaque, des choses qu'il n'est pas donné aux êtres terrestres de comprendre. Le Seigneur de perfection me conduisit ensuite à la planète Vénus, très loin des amertumes de ce monde. C'est ainsi que je me suis rapproché de l'Intime par le chemin secret de la méditation intérieure... "

Celui qui était appelé à incarner un jour l'Ange Samaël ne s'est donc jamais contenté des théories creuses dont se gavent jusqu'à l'intoxication des légions d'aspirants à la lumière. Ainsi en fut-il également de l'illumination. Combien de livres plus ou moins fantaisistes a-t-on écrit sur l'illumination ou l'extase, appelée Satori dans le bouddhisme zen et Samadhi dans l'hindouisme ? Méditant sans relâche, notre jeune ésotériste n'a de cesse d'expérimenter ce fameux état d'extase dont parlent tous ces livres qu'il a lus. C'est à force de patience, de persévérance et d'ardeur qu'il vivra les trois phases de l'illumination.

À dix-neuf ans, il expérimente d'abord le Samadhi lui-même. Au cours de cette expérience mystique transcendante qui survient pendant une méditation, il se sent transporté jusqu'aux mondes supérieurs de conscience cosmique. Il pénètre dans le "Royaume de l'Amour et de la Félicité pure". Projeté dans l'espace infini, il se pose notamment sur une planète radieuse où il frappe à une porte, trois coups. Le jeune homme y reconnaît Chang, avec qui il s'était lié d'amitié dans l'Ordre du Dragon Jaune, lors d'une incarnation passée à l'époque de la dynastie Tchéou. Chang avait été un athlète du Samadhi et il avait atteint le TAO. C'était donc un " être libéré ". Le Maître Samaël avait été, à cette époque, le sage Tchou-Li et il avait connu les clefs secrètes de la divine Alchimie.

" Tu vis encore sur cette Terre ? lui demande Chang.

- Tu sais, Chang, j'ai "chuté" là-bas, sur cette planète, et j'ai contracté un terrible karma que j'ai traîné d'existence en existence.

- Maintenant que tu es ici, reste avec nous, dit Chang.

- J'aimerais beaucoup, si c'était possible. Mais j'ai un corps physique qui m'attend là-bas. Parce que, vois-tu, j'ai dû me réincarner encore une fois. Mais à présent, je te le dis, je reviens au Sentier... "

Et notre jeune mystique réintègre ensuite sa forme terrestre.

Il expérimentera un peu plus tard le Nirvi-Kalpa-Samadhi. Transcendant le Nirvana et le Para-Nirvana, il s'immerge alors dans l'Océan de la Lumière infinie. Dans un sanctuaire qu'il visite au cours de cette expérience extatique, il ouvre un grand livre où sont inscrites en lettres de feu les lois de la vie, les divines lois du Grand-oeuvre. À chaque verset qu'il lit, son extase s'intensifie. Quand il revient dans son corps physique, un groupe de resplendissantes Walkyries lui apparaît : " Tu as passé l'épreuve du Sanctuaire, rares sont les humains qui réussissent à franchir cette terrible épreuve ", lui dit l'une de ces grandes Initiées qui inséra alors à l'annulaire de sa main droite un anneau portant le Sceau de Salomon. Un Adepte lui expliquera plus tard, dans les mondes internes, la signification de ce motif : " Le Sceau de Salomon est le symbole du Logos solaire, lui dit-il. Ses six pointes sont masculines et les six baies entre les pointes sont féminines. Ces douze radiations peuvent être cristallisées dans l'être humain, grâce à l'Alchimie, en les douze constellations zodiacales. Le triangle supérieur représente le Soufre, le Feu ; et le triangle inférieur le Mercure, l'Eau. Le croisement sexuel du Soufre et du Mercure, à l'intérieur de soi-même, permet de créer la Pierre philosophale. Celui qui a réalisé le Grand-oeuvre reçoit dans sa main droite le Sceau de Salomon, l'Étoile resplendissante. "

Samaël Aun Weor avait jadis réalisé le Grand-oeuvre. Mais il avait "jeté sa Pierre à l'eau" ou, pour employer une autre expression ésotérique, il avait " touché le Sceau de Salomon avec sa main gauche " : c'est-à-dire qu'il était retombé dans la sombre matière à cause de l'usage inadéquat de son énergie sexuelle.

Au début de la vingtaine, il vécut enfin le Maha-Samadhi et fut près de se désincarner au cours de cette suprême extase mystique. Se dépouillant de tous ses corps existentiels de l'être, il se fondit dans le Grand Souffle, comme une goutte d'eau dans l'océan ou une étincelle dans le grand brasier de la vie. Libéré de toute existence individuelle propre, il était la comète, la fleur, l'aigle, le soleil... Il expérimentait l'être et le non-être à la fois. Mais n'ayant pas encore dissous l'Égo, il est soudain saisi de terreur. La peur de l'annihilation totale lui fait perdre le Maha-Samadhi, et il revient aussitôt à son corps matériel. L'annihilation bouddhique est une expérience effrayante, mais fondamentale sur le chemin de la Réalisation. Le jeune apprenti s'immergera deux fois encore dans le Grand Océan, mais devra chaque fois réintégrer brusquement son corps. Il découvre alors que l'Égo est le pire ennemi du Maha-Samadhi. Le Moi, en effet, a une peur terrible de l'anéantissement, de cesser d'exister comme sujet, et cela constitue même le frein le plus important dans le travail de dissolution du Moi, comme notre auteur le découvrira bientôt.

Néanmoins, l'expérience du " Vide illuminateur ", en plus de lui démontrer la réalité des mondes supérieurs de la Pure Lumière - dont beaucoup parlent sans même l'avoir vécue -, fouette son enthousiasme et sa volonté d'oeuvrer de toutes ses forces à l'Auto-Réalisation de son être intime. L'immersion dans l'unité de la vie universelle, cette expérience concrète de ce qu'on appelle la Réalité ou la Vérité et qu'aucun mot ne peut décrire, une telle expérience, donc, écrira Samaël Aun Weor, produit à l'intérieur de l'être humain une transformation décisive et en fait un véritable aspirant au Chemin secret : c'est une conversion dans le sens alchimique du terme, c'est-à-dire, un changement de nature radical. Si vacillant et dispersé qu'il était, le néophyte est soudain " illuminé " Il voit le chemin, il comprend le but, la raison d'être de la vie, et même si, après ses expériences mystiques, il retourne dans la grisaille du quotidien, le souvenir de ces expériences est comme un phare qui le guide vers l'objectif ultime.

Celui qui est encore Victor Manuel Gomez ressent alors le besoin impérieux de réaliser dans sa vie la transfiguration de sa nature grossière en la nature parfaite des êtres de lumière qu'il a entrevus dans les plans supérieurs de conscience.